Elitza Dimitrova - Littérature jeunesse bulgare

Découvrez la littérature jeunesse bulgare avec Elitza Dimitrova

Il n’existe pas de meilleure ambassadrice pour la culture bulgare que cette jeune femme dynamique et passionnée par la littérature Jeunesse ! Elitza Dimitrova, éditrice chez Elitchka Editions, m’a fait le plaisir de me consacrer du temps pour expliquer sa démarche d’éditrice.

Elitza Dimitrova - littérature jeunesse bulgareVous avez créé en décembre 2013 une maison d’édition pour la jeunesse autour de la culture bulgare. Comment est né ce projet ?
Ce projet mûrit depuis des années. J’aime la poésie, j’aime la peinture, et joindre les deux sur un même support m’a semblé naturel. Après plusieurs expériences dans différentes éditions, puis en tant que travailleur indépendant, j’ai décidé de créer ma propre maison. Les livres pour les enfants sont très poétiques – c’est en tout cas le type d’albums que je voudrais défendre.

La littérature bulgare pour les enfants est mal connue en France. J’ai voulu combler ainsi une lacune en travaillant sur le patrimoine culturel de mon pays d’origine, avec des illustrateurs français et bulgares. Je veux prouver que la Bulgarie est un pays de conteurs, et que leurs textes ont une portée universelle. C’est peut-être un rêve, une utopie, mais je veux y croire. Je ne pouvais pas me résigner à l’idée que les récits des plus grands conteurs bulgares se perdent. Il y avait un risque à prendre, et il a fallu trancher à un moment donné, afin de passer du rêve à la réalisation du projet. En déménageant en Alsace, il y a 3 ans, j’ai senti que le moment était venu. La création d’une entreprise est un acte de foi, quel que soit le contexte de l’époque. Je m’y suis donc jetée corps et âme, j’y ai mis toutes mes économies, toutes mes forces, beaucoup d’amour et le désir d’offrir aux enfants des contes qui les rendent plus forts.

Qui vous a soutenu dans ce lancement ?
J’ai créé Elitchka à ma propre initiative, par mes propres moyens. Mon mari m’a soutenue et me soutient toujours dans cette démarche – c’est capital. Il est le fan numéro un de nos albums ! Quand vous lancez votre propre projet, vous devez aussi être soutenu par une banque, un comptable, un diffuseur et un distributeur. Il me fallait trouver tous ces partenaires. Aujourd’hui, nous sommes représentés par CED-CEDIF pour la diffusion, tandis que Pollen se charge de la distribution.

Quel est votre rôle dans cette maison d’édition ?
L’éditeur dans une petite structure doit être polyvalent. Je me charge du travail administratif, commercial et éditorial – de la négociation et l’établissement des contrats, à la relation aux libraires, aux auteurs et aux lecteurs lors des salons, en passant par le travail sur le texte. Je sélectionne les contes que je traduis pour Elitchka. J’ai parfois l’impression d’avoir créé cette maison d’édition pour avoir la chance de traduire des textes bulgares en français, la traduction étant une activité que j’affectionne particulièrement.

Quelle est votre ligne éditoriale ?
La ligne éditoriale d’Elitchka est axée autour des thèmes de la liberté, l’affirmation de soi, le voyage initiatique, l’amour. J’aime les récits où des jeunes filles prennent les armes ou partent à la découverte du monde à dos d’aigle ! J’aime aussi les récits dystopiques, “tristes”, même s’ils sont plus difficiles à présenter en librairie. J’apprécie les contes à caractère poétique et je tâche de les représenter dans mon programme. Les lecteurs peuvent trouver chez nous un choix subjectif de contes et d’auteurs qui reflète la sensibilité de l’éditeur.

Vous venez de publier votre 1er album « Une histoire de dragons ». Pourquoi avez-vous choisi Edvin Sugarev comme auteur pour cette 1re publication ?
J’ai choisi « Une histoire de dragons », en réalité ! Je l’avais trouvée par hasard, en cherchant autre chose. C’est un éloge de la désobéissance, un bol d’air frais ! Il véhicule à merveille l’idée de la construction de soi par la liberté d’action, par le droit de réfléchir avec sa tête. C’est primordial. Dans le conte, le grand-père dit à Vlad, à un moment donné, “Quand on ne fait pas ce que font les autres, notre dragon vient, nous attrape par le col et nous emmène dans une grotte sombre et terrifiante…”. Je crois que tout est dit. On sent en arrière-fond un contexte sociétal (Edvin Sugarev a écrit ses contes il y a 30 ans), politique même. Il fallait s’aligner, se fondre dans la masse, faire pareil que les autres. C’est une réalité que des tas de gens ont vécue. Le dragon est là pour nous signifier notre droit à la différence par rapport au reste du monde. De la créature de légende effrayante et monstrueuse qu’il est au début du livre, il se transforme en symbole de la force intérieure et du désir, de la résilience même, emmenant Vlad vers les étoiles. J’adore ce conte !

J’ai fait la connaissance d’Edvin Sugarev plus tard. Je me suis sentie très intimidée quand, en menant mon enquête, j’ai commencé à apprendre des bribes de sa biographie – militant, vice-président de la commission de lutte contre la corruption lors de la 37e assemblée nationale (1995-1997), fondateur du premier journal postsocialiste indépendant, député, ambassadeur, poète, romancier, professeur de littérature bulgare à l’université… Un CV comme le sien a de quoi vous intimider ! Il a adoré le projet, en a été très ému – personne jusque là ne s’était intéressé à ses contes. Cela l’a tellement touché qu’il s’est mis à en écrire des nouveaux. Il a beaucoup aimé les dessins de Sylvie, et l’idée d’être publié en France pour la première fois l’a réjoui. Et il y entre par le portail des contes ! Ce sera l’occasion pour les lecteurs français de le découvrir plus tard en tant que poète et romancier. J’ai fait les mêmes découvertes en chemin.

Sylvie Kromer illustrait cet album. Quelle a été sa source d’inspiration pour illustrer ce conte ?
Je laisse à Sylvie le soin de vous répondre directement : « Pour illustrer cette histoire, beaucoup de choses m’ont inspirée. C’est le premier livre que j’illustre, et j’ai réalisé que je rentre dans un processus dans lequel je commence à créer un univers que je souhaite cohérent au niveau des couleurs et du graphisme. Ensuite, je deviens une éponge, tout ce qui m’entoure peut m’inspirer : un personnage dans un film, une  photographie, une situation, un souvenir, un vêtement, etc.

Pour les personnages, on m’a dit plusieurs fois que certains ressemblaient à des personnes qui me sont chères ; et les confitures que mange Vlad sont celles de ma grand-mère qui fait la meilleure des confitures de fraises ! Je pense aussi que mes dessins sont le reflet de ce que je vis dans l’instant ; si je devais les refaire aujourd’hui, le livre serait peut-être complètement différent ! »

Pour cette première année d’activité, combien comptez-vous publier d’albums ?
Nous ferons 4 publications cette année. Après « Une histoire de dragons » (déjà en librairie), nous éditons, en juillet, « Une larme de maman », de Anguel Karaliitchev, un immense conteur bulgare, le « Andersen » de la Bulgarie. Il se situe plus dans la veine dystopique, sa langue est très lyrique, très belle. Il y a beaucoup de tendresse et de poésie dans ses contes. Il aborde des sujets délicats comme la séparation et la mort avec beaucoup de naturel, beaucoup de tact, peut-être parce qu’il les a vécues. Tout est très doux chez lui. Un auteur à découvrir absolument.

En octobre, nous revenons avec « Maritchka et Marie », un conte que ma grand-mère paternelle me racontait quand j’étais enfant. Dans ce récit, on sent les influences de Hansel et Gretel, de Cendrillon, de Madame Hollé. L’idée de l’affirmation de soi est très prégnante ici aussi, et les images d’Elisabeth K. Hamon sont très douces et légèrement rétros.

Pour finir l’année, Sylvie Kromer nous prépare « La Fiancée du vampire » (il paraîtra en novembre), un conte d’inspiration populaire où une jeune princesse va libérer son fiancé vampire et tout son royaume d’une lourde malédiction. Elle vivra des aventures dans des royaumes souterrains, apprendra l’art des guérisseurs, sera initiée à la magie, voyagera à dos d’aigle, escaladera des montagnes – elle est très déterminée. J’adore son personnage, rien ne l’arrête. Un peu comme le petit Vlad après sa rencontre avec le dragon !

Propos recueillis par Sandrine Damie

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2 réflexions au sujet de « Découvrez la littérature jeunesse bulgare avec Elitza Dimitrova »

  1. Mario URBANET

    Quelle belle aventure. Brava !!! Je suis conteur, et j’ai beaucoup travaillé sur le patrimoine très dense des contes bulgares. J’en ai adapté un certain nombre à partir de traductions orales dont j’ai pu bénéficier. « Sagesses et malices de Hitar Petar » Albin Michel, « Borko  » l’Harmattan etc …
    Voir mon site http://www.mario.urbanet.sitew.com
    Je serai ravi d’avoir un contact direct ! …

    Répondre
  2. Ping : Littérature jeunesse bulgare : les contes à l’honneur | Un livre dans ma valise !

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